Ces petites briques rouges que vous voyez partout à Soulac, elles font partie du décor depuis si longtemps qu’on ne se demande plus vraiment d’où elles viennent. Et pourtant, derrière chaque façade ocre et rouge, derrière chaque cartouche en céramique gravé d’un nom fleuri, il y a une histoire. Celle d’un territoire, d’une époque, et d’un homme qui, sans le savoir, a façonné l’identité architecturale de toute une station balnéaire.
Un boulanger visionnaire
Selon la tradition locale, largement relayée lors de la mise aux enchères de La Roseraie en 2025, un artisan de Lesparre aurait été à l’origine de cette première construction en brique et de l’implantation d’une briqueterie exploitant l’argile bleue du Médoc. Cette histoire, transmise de propriétaire en propriétaire, n’a pas encore été vérifiée par des archives primaires. Elle mérite un vrai travail de recherche, que des historiens locaux commencent visiblement à engager.
Ce geste modeste va définir le visage de Soulac pour les 150 années suivantes.
Cette maison, c’est La Roseraie. Elle vient d’être rachetée par un nouvel acquéreur après vingt ans d’abandon derrière ses pins. Elle va enfin renaître, et c’est une belle nouvelle pour le patrimoine soulacais.
Qui construisait ces maisons, et pourquoi
L’arrivée du chemin de fer en 1874 change tout. En deux heures depuis Bordeaux, on est au bord de l’océan. Les terrains se lotissent, les villas poussent, et trois grandes vagues de construction vont se succéder jusqu’en 1940.
Les premières villas, entre 1860 et 1890, sont souvent vastes, portées par des notables bordelais ou des fonctionnaires coloniaux de retour des Antilles. On retrouve dans ces maisons l’empreinte de l’architecture coloniale : galeries couvertes, lambrequins en bois découpé, volumes généreux ouverts sur l’extérieur.
Entre 1890 et 1920, la production se structure en lotissements. Les villas sont plus petites, destinées à une classe moyenne en quête d’air iodé et de pins. C’est là qu’apparaissent les détails les plus caractéristiques : tourelles, bow-windows, cabochons en céramique vernissée, et ce cartouche gravé du nom de la villa que chaque propriétaire pose fièrement en façade.
De 1920 à 1940, la villa soulacaise se standardise, mais conserve son vocabulaire. La brique reste omniprésente, non par luxe, mais par économie et disponibilité locale.
Cinq cents villas plus tard, Soulac est classée Village Ancien, protégé depuis 2002. Un patrimoine rare, et fragile.
Ce que la façade ne dit pas
C’est ici qu’intervient mon regard d’architecte d’intérieur.
Ces maisons ont été pensées pour afficher vers l’extérieur. La façade concentre toute l’intention esthétique, les matériaux, les ornements, la composition soignée. Mais à l’intérieur, la logique était avant tout fonctionnelle. Des pièces distribuées en enfilade, des volumes cloisonnés, peu de travail sur la lumière en profondeur. Ce qui faisait le charme de la distribution originale devient parfois un vrai défi quand on veut adapter la maison aux modes de vie d’aujourd’hui.
Ouvrir les espaces sans dénaturer. Apporter de la lumière sans casser les volumes. Moderniser les usages sans effacer la mémoire du lieu.
Comprendre la maison avant de décider ce qu’elle peut devenir. Lire ce qu’elle est profondément avant de la transformer.
Une villa soulacaise ne se rénove pas. Elle se révèle.









